L’ECONOMIE DE LA FONCTIONNALITÉ ET DE LA COOPERATION EN 10 QUESTIONS

L’ECONOMIE DE LA FONCTIONNALITÉ ET DE LA COOPÉRATION, LA VENTE D’UN USAGE ? 

Non, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération ne peut se résumer comme le passage de la vente d’un bien à la vente de son usage. Tout d’abord parce que cette définition exclut les entreprises de services. Ensuite parce que cette vision relève simplement d’un modèle locatif qui ne permet pas de  sortir de la logique de volume (il ne permet pas le découplage entre la hausse du chiffre d’affaire et la hausse de la consommation de matières premières). En d’autres termes, une société qui loue des voitures aura toujours intérêt à louer toujours plus de voitures et donc d’en mettre toujours plus à disposition. Dans un monde où les ressources naturelles sont finies et atteignent des niveaux critiques, il est aisé de constater les limites de ce modèle.

EST-CE UN MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT DURABLE POUR L’ENTREPRISE ?PICTOpilier1VF

Assurément oui ! La logique et les valeurs du développement durable constituent les bases du modèle de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération et notamment à travers les 3 principaux objectifs de ce modèle, à savoir :

  • Découpler la relation entre hausse du chiffre d’affaire et hausse de la consommation de matière/ou sortir de la logique de volume.
  • Intégrer des externalités sociales et ou environnementales
  • Redonner du sens au travail.

EST-CE UN MODÈLE QUI PEUT S’APPLIQUER A TOUTES LES ENTREPRISES ?

Oui et pas seulement ! Les collectivités territoriales peuvent engager également des modes de développement relevant de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération.

Les entreprises de services peuvent bien sûr entrer dans cette trajectoire. En effet, les entreprises de services engagent également des logiques industrielles et peuvent avoir un chiffre d’affaire reposant sur un volume (Ex : les centres d’appels qui s’automatisent ou qui utilisent des process totalement verrouiller pour traiter un plus grand nombres d’appels le plus rapidement possible). A ce titre, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération propose des solutions pour sortir de cette logique.

COMMENT SORTIR DE LA LOGIQUE DE VOLUME ?

Le modèle de l’économie de la fonctionnalité et de la coopérationPICTO PILIER 3-def propose de diminuer la part de la rentabilité qui repose sur un volume de ressources matérielles. Néanmoins, ce nouveau modèle économique n’est pas un modèle de décroissance pour autant puisqu’il propose de remplacer la part de la rentabilité qui repose sur des ressources matérielles par une part plus importante reposant sur des ressources immatérielles comme le schéma ci-dessous le montre :

Logique de volume

QU’EST-CE QU’UNE RESSOURCE IMMATÉRIELLE ?

Les ressources immatérielles sont des ressources non mesurables et non PICTOpilier_2VF (2)dénombrables. Par exemples les compétences, la confiance, la connaissance, la pertinence d’une organisation ou d’une offre, l’esthétique… sont des ressources de plus en plus stratégiques dans les activités productives, mais qui ne sont pas dénombrables. A l’opposé des ressources matérielles qui s’épuisent lors de leur usage, les ressources immatérielles peuvent se développer sur la base de l’expérience de la production, de la vie. Elles peuvent être répertoriées en 4 registres : la santé, la pertinence, la confiance et les compétences.

QU’EST-CE QU’UNE EXTERNALITÉS POSITIVE OU/ET NÉGATIVES ?

Les activités productives, d’un côté, les modes de consommation et de vie, de l’autre, provoquent des effets non intentionnels sur l’environnement écologique et social de nos sociétés. Certains de ces effets sont positifs, mais d’autres sont négatifs. Ces effets non intentionnels sont appelés « externalités ».

L’enjeu majeur du développement durable consiste à prendre en charge la réduction des externalités négatives et à accroître celles qui sont positives ce qui conduit à rechercher un (ou des) nouveau(x) modèle(s) de développement des territoires et des nouveaux modèles économiques d’entreprise. C’est dans ce cadre-là qu’émerge le modèle de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération.

 Exemple : Les pics de pollution provoqués par un nombre important de voitures et/ou d’embouteillages dans les villes est une externalité négative environnementale (pollution de l’air) et sociale (impact sur la santé des habitants).

COMMENT S’APPLIQUE CE MODÈLE  ?

Il n’y a pas une règle ou un process prédéfini pour entrer dans la dynamique de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération. Les clés d’entrées peuvent être diverses et multiples : ressources immatérielles, externalités, système d’acteurs…

QUELLES SONT LES GRANDES ÉTAPES POUR ENTRER LA DYNAMIQUE ? 

  1. Avoir une connaissance fine du modèle économique ou de développement actuel.
  2. Identifier les ressources immatérielles, les externalités et le nouveau système d’acteurs qui en découlent.
  3. Faire émerger les premières intuitions et la (les) sphère(s) sphère(s) fonctionnelle(s) qui en découle(nt).
  4. Organiser le travail et la gouvernance pour développer de nouvelles formes de coopération en interne et avec les parties prenantes extérieures.
  5. Co-construire le modèle d’affaire avec différents partenaires en vue d’intégrer des externalités.
  6. Tester son offre.
  7. Établissement de l’offre sur le marché.

La définition de ces étapes est le fruit de la capitalisation des parcours d’accompagnement menés par les réseaux  membres fondateurs du club Noé en partenariat avec Atemis et la Région Nord-Pas de Calais.

QUELLE INCIDENCE SUR LA GOUVERNANCE ?

Les modèles économiques actuels sont constitués autour des logiques de filières et du concept de la chaîne de valeur.

Chaine de valeur

Cette logique a pour principal effet pervers de déconnecter la relation entre création et captation de valeur. En effet, ce n’est pas forcément l’acteur économique qui crée la valeur qui la capte monétairement et réciproquement.

Le modèle de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération propose aux entreprises et aux collectivités de co-construire des solutions intégrées (c’est à dire une solution qui intègre des biens et des services en vue d’atteindre un résultat, une performance d’usage ou une performance territoriale). Cette co-construction nécessite une nouvelle organisation qui recrée le lien entre création et captation de valeur :

Nouveau systeme d'acteurs

L’économie de la fonctionnalité propose également de sortir de la logique de filière car elle ne permet pas de prendre totalement en compte la questions des externalités. En effet, la filière de l’automobile ne peut à elle seule répondre aux enjeux de la mobilité (embouteillages, pollution, isolement…). Ces enjeux supposent que les collectivités, les industries automobiles, les entreprises qui proposent des services d’intermodalité, les entreprises qui gèrent les parking… Se mettent autour de la table pour co-construire des solutions durables.

Voici quelques exemples de sphères fonctionnelles : Habiter, mobilité, alimentation, connaissance, santé…

COMMENT CE MODÈLE PERMET-IL DE REDONNER DU SENS AU TRAVAIL ? 

Les déterminants de productivités industriels reposent sur 3 grands principes : l’intensification et laPICTO PILIER 4-def division du travail, les économies d’échelles et le progrès technique. Dans un contexte de mondialisation et de concurrence toujours plus forte, ces déterminants sont des leviers de baissent des coûts et de compétitivité. Pousser à l’extrême, cette logique crée des effets pervers très importants : intensification des risques psycho-sociaux, augmentation des troubles musculo squelettiques, obsolescence programmée, destruction d’emplois…

L’économie de la fonctionnalité et de la coopération introduit de nouveaux déterminants de productivités qui sont d’ordres serviciels : les économies d’adoption, les effets de réflexivité, les économies de complémentarité… Ces déterminants de productivité s’inscrivent dans une logique de coopération et de reconnaissance du travail et sont à la base de la rentabilité du modèle économique de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération. La coopération peut se définir comme l’intégration dans son propre travail des contraintes de l’autre.